Petite île

vendredi 1er février 2019, par par Léa Machado

Marcher sur un corps
écraser des bras de nos pieds
je n’y avais jamais pensé à ça
ça bouge un corps
c’est mou
c’est anguleux
ça monte et ça descend
c’est escarpé un corps
fragile et robuste à la fois
à chaque pas sur un bras
une épaule
une main
les pieds des marcheurs cherchent une prise
le public respire un peu plus lentement
il devrait se rompre
s’arracher
se briser
ils montent sur sa tête et la nuque vacille
sous le poids
le ventre s’enfonce
le regard droit
ils glissent sur les cuisses
la peau rougit
le silence
on ne rit plus
à vrai dire
on a tous un peu peur
on entend (presque) les muscles glisser
les articulations craquer
les corps tremblent
gélatine compacte
mais ne tombent jamais
cherchent l’équilibre
(l’un sur l’autre)
c’est un tapis humain
un sable mouvant à lui seul
on lui marche dessus
mais c’est lui qui mène la danse
la circulation est difficile
les pas entravés
sous une jambe
petit pont
petite île
il est le monde
le monde est lui
il ne reste que peu d’espace disponible
recroquevillés sur un dos
en équilibre sur des genoux
ils sont debout
il est couché
le public applaudit.